jeudi 27 juin 2013

Focus sur...: Les éditions Vert Pomme

Comme vous le savez, sur Parfums de Livres, j'aime aller à la rencontre de nouveaux éditeurs, vous faire découvrir de "nouveaux horizons". Curieuse d'en apprendre plus sur Vert Pomme (découvrir leur site), j'ai demandé à son éditrice Séverine Dalla de répondre à quelques questions. Voici ses réponses:

1. Vert Pomme est une toute jeune maison d'édition (cf. elle est née en octobre 2012) mais compte déjà 5 albums à son actif.
Comment avez-vous eu l'idée de cette maison ?

En fait, j'ai commencé par illustrer. Après avoir quitté mon précédent métier (avec lequel je n'avais plus vraiment d'objectifs communs... mais qui m'a permis de mesurer à quel point l'activité humaine pouvait avoir des conséquences sur l'environnement et la santé, à court ou long terme), je me suis formée à l'illustration jeunesse et j'ai pas mal regardé en parallèle tout ce qui concernait l'impression, l'édition... C'est en tant qu'illustratrice que j'ai commencé à travailler avec les éditions Arthur et Cie (une autre maison d'édition éco-citoyenne), nous nous étions rapidement trouvé des affinités, forcément, donc mes premiers projets d'écriture et de dessin se sont naturellement fait dans leur ligne éditoriale.
L'an dernier, j'ai enfin pu me poser et réfléchir à mon propre projet, il me trottait dans la tête depuis assez longtemps...
Vert Pomme est donc une micro-structure éditoriale - je suis seule à la gérer pour le moment, et la diffusion, qui est seulement en développement (et c'est compliqué), est assurée par des agents commerciaux indépendants, pas de « gros » diffuseurs... - qui a pour but de publier des ouvrages jeunesse (à partir de 5 ans, et jusqu'à 9-10 ans) sur des sujets exclusivement liés à la nature, à la protection de l'environnement et aux écogestes.
Ceci la rapproche énormément d'Arthur et Cie (nous nous distribuons d'ailleurs mutuellement et nos collections sont complémentaires), nous nous différencions par la forme des livres et les tranches d'âge visées. Côté livres, je ne publierai en effet QUE des petites bandes dessinées, des choses toutes simples mais qui sont plutôt accessibles à partir du CP. Elles comporteront la plupart du temps suffisamment de récitatifs pour que les histoires puissent aussi être racontées aux enfants non-lecteurs ou en tout début d'apprentissage.
J'adore la BD... et à travers de nombreuses discussions, interventions en milieu scolaire etc. j'ai eu l'impression qu'il y a un public un peu « oublié » - même si quelques maisons font l'effort de proposer des BD pour les très jeunes.Raison pour laquelle je tiens à cette forme pour Vert Pomme.

2. Vert Pomme est une maison d'édition très engagée.
Vous défendez des valeurs écologiques et essayez à travers différentes histoires/situations de sensibiliser les plus jeunes.
Pouvez-vous nous en apprendre un peu plus sur la fabrication de vos ouvrages (En quoi se distinguent-ils des autres albums) ?

En effet, même si les histoires sont de pures fictions et pas des documentaires, on sent tout de suite qu'il y a un « message » derrière chacune d'elles ! Message qui reste léger, mais qui donne lieu à des pages plus documentaires en fin de livre.
Pour être cohérente avec l'esprit de ses publications, je fais bien entendu imprimer mes livres en France (pour le moment, en Bretagne), par un professionnel engagé dans le respect de l'environnement. Les livres sont fabriqués avec des papiers issus de forêts gérées durablement.
Beaucoup d'imprimeurs sont maintenant Imprim'Vert, PEFC ou FSC, ISO 14001... donc ce point n'est plus exceptionnel, mais pour des petites maisons et des tirages assez faibles (1000, 1500 exemplaires maximum), c'est un surcoût notable par rapport à des prestations effectuées dans d'autres pays européens ou hors-europe, et sans ces normes...
La seule concession que j'ai dû faire à l'impression « verte » est le pelliculage des couvertures. Ce n'est pas très écologique... mais pour des ouvrages souples censés passer de main en main dans les collectivités (en plus des familles), c'est le minimum de garantie que je peux offrir pour la tenue des livres et surtout la résistance à la salissure (la solidité intérieure est assurée par la couture, ce ne sont pas des livres simplement collés).
Sinon, le fait d'être une micro-structure me facilite bien sûr les choses en termes d'éco-responsabilité : le bilan carbone de Vert Pomme est majoritairement lié à mes propres actions.
Je dématérialise donc le maximum de choses, échanges de courriers, compta, archivages de toutes sortes, me limitant au strict nécessaire de papier. Et pour les autres choses « du quotidien », parce qu'il n'y a pas que l'impression des livres, eh bien j'agis pour Vert Pomme de la même manière que pour ma vie personnelle : regroupement des déplacements et des expéditions, matériels à faible consommation d'énergie, fournitures et consommables respectueux de l'environnement (autant que possible...), expéditions en courriers « verts »... j'en oublie sûrement.

3. J'ai beaucoup apprécié que les albums soient en même temps documentaires (et documentés).
Pourquoi avoir choisi cette présentation (cf. des minis bandes-dessinée accompagnées d'un dossier plus développé du thème abordé) ?

Merci ! Cela existe déjà ailleurs dans la littérature jeunesse « verte », je m'applique à le rendre systématique et agréable pour tous dans les livres de Vert Pomme.
Comme je l'ai dit précédemment, j'aime beaucoup la bande dessinée, et présenter les histoires de la sorte en première partie me semble intéressant à plus d'un titre, notamment parce je pense que l'on peut  peut-être faire des choses un peu plus décalées en BD que dans les albums illustrés plus classiques (dans le ton, le rythme, le graphisme même) et que cela aide à faire passer l'idée générale du livre, forcément engagée...
Après l'histoire, le fait que je m'adresse tout autant aux écoles (qui généralement exploitent ce type de livres, dans des projets de classe liés au jardin, à la découverte du monde etc.) qu'au grand public (qui peut être complètement novice en matière d'écologie...) entraîne forcément la présence des petits bonus, avec des pistes d'apprentissages complémentaires et des activités.
Il me semble que cela peut aider les enseignant(e)s dans leurs préparations, et les familles dans leurs discussions « d'après-lecture » ou leurs activités des mercredis pluvieux... Pour que tout le monde s'y retrouve, j'essaie toujours d'inclure un jeu ou une activité qui convienne aux plus petits, en plus des informations destinées aux grands et aux adultes.

4. A quel public destinez-vous ces albums ?
En quoi apportent-ils un plus par rapport aux autres albums ?

Eh bien tout le monde peut y trouver son compte, je pense. Il n'est pas nécessaire d'être un superhéros de l'écologie pour se plonger dans les histoires, qui portent sur des thèmes assez variés bien que se rattachant toujours à la préservation de la biodiversité et tout simplement au respect du vivant. Le ton reste assez léger, il y a des petits animaux que les enfants apprécient... Il peut y avoir plusieurs niveaux de lecture.
Le point commun entre tous les ouvrages est juste qu'après les avoir lus, il faut s'attendre à avoir appris des choses – ce qui, peut-être, n'est pas le cas dans l'ensemble de la production jeunesse !...

 5. J'ai également beaucoup aimé le format et le côté souple de vos livres : facilement transportables, sans être trop petits pour autant.
Comptez-vous publier vos livres sous d'autres formats?

Le débat est toujours là, concernant les livres pour enfants, entre le souple et le cartonné...
Il est évident que les coûts de production ne sont pas les mêmes et c'est forcément un élément de choix lorsqu'on pense à l'impression. Je n'ai pas vocation à faire des « beaux livres », donc j'ai choisi le souple (mais en dos carré – cousu – collé, un gage de résistance) en partie à cause de cela mais aussi parce que la manipulation est simple pour les petits lecteurs, parce que le poids est plus faible qu'un cartonné (quand on expédie les livres par la poste, ça compte...) et que le rangement dans les bibliothèques est très facile ainsi ! Avis d'enseignantes à l'appui...
Le format horizontal convient bien à ces petites bandes dessinées, et en effet ils ne sont pas trop petits, donc ils permettent que le travail des illustrateurs soit mis en valeur.
J'aimerais vraiment diversifier les supports, le délai étant un peu en fonction de la manière dont les premiers ouvrages se vendent car pour le moment je suis à la limite de l'équilibre... voire en-deça.
Créer des livres-jeux, proposer un ou plusieurs calendrier(s) à thème, adapter les ouvrages au format numérique... ce serait des petits « plus ». Maintenant, le format horizontal que j'ai choisi pour les BD papier se prête difficilement aux formats habituels d'e-books donc il faut une autre façon de faire, et qui s'adapte si possible au plus grand nombre possible d'équipements, c'est une réflexion à mener, avec une étude de coûts. Les versions électroniques pourront aussi contenir des bonus encore différents de ceux des livres, films, autres jeux... là aussi, une étude est en cours.
Donc je n'ai pour le moment rien de très concret à ce sujet, mais ça viendra !

6. Espace de libre expression, vous pouvez parler de ce que vous voulez (actus, prochaines parutions, salons, coup de cœur, coup de gueule etc)
 
L'année prochaine, le rythme des publications ne pourra pas encore être très important : là, déjà, 5 livres en 9 mois, c'est beaucoup... Mais il y aura plusieurs belles histoires, qui ouvriront encore la collection sur d'autres sujets « d'intérêt général », et servies par de chouettes illustrations. Le principe restera le même, une petite BD et des pages pédagogiques.
Le rythme des salons va quant à lui augmenter un peu, j'espère que la notoriété de Vert Pomme montera progressivement et que cela permettra aussi aux auteurs de participer à des événements intéressants et/ou d'être sollicités pour des interventions, dédicaces etc.
Ce que je souhaite aussi, dans un avenir proche... c'est tout simplement un meilleur accueil dans les librairies. J'avoue être assez surprise par le système actuel, où la question des retours est prépondérante. La production jeunesse est tellement importante que les points de vente ont un « turn-over » qui n'est pas vraiment compatible avec un vrai travail de libraire (à mon sens), ni avec un vrai développement de la petite édition. Comment peut-on s'entendre sur la mise en valeur des livres si le point essentiel est le retour des invendus ?... C'est très limitant si cela devient une condition sine qua non, même dans les librairies indépendantes, et je trouve que c'est assez significatif d'un malaise général dans la chaîne du livre.
Par ailleurs, les a priori sur les livres souples chez les libraires ayant la vie dure (enfin, quasiment tous les livres pour adultes le sont, avec des prix parfois élevés), c'est pénalisant. Pourvu que ça change !...

Voilà, je crois que c'est tout pour le moment... Vraiment, un grand merci pour ce focus !!!
 
Je suis vraiment heureuse d'avoir appris tout cela. MERCI beaucoup à Séverine Dalla d'avoir pris le temps de répondre à mes questions.
 
(Re) Découvrez les ouvrages déjà chroniqués sur Parfums de Livres:
 


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